La 20e édition des Asian Games (Asian Games Nagoya – Aichi 2026) s’est déroulée du 19 septembre au 4 octobre 2026 dans la ville de Nagoya, plusieurs autres villes de la préfecture d’Aichi et une partie d’autres sites au Japon. 11 000 athlètes venus de 45 pays et territoires d’Asie, 17.000 en comptant les entraîneurs et l’encadrement. Cela me fait bizarre que ces Jeux aient finalement lieu parce qu’il y a plus de huit ans de cela j’avais reçu une plainte d’un client qui se plaignait que le fait que Nagoya accueille ces Jeux ne soit pas davantage mis en avant. Huit ans … cela m’avait paru une éternité et pourtant nous y voilà. Le temps passe !
Pendant deux semaines j’ai vaguement suivi une partie des épreuves à la télé. Si l’on ne peut pas dire que j’aie fait d’efforts particuliers pour profiter de l’occasion pour aller voir le plus d’épreuves possible, c’est tout simplement parce que j’ai supposé qu’avec cet afflux de monde l’aéroport serait sens dessus-dessous pendant ces deux semaines et je ne m’y suis pas trompé. J’ai fini sur les rotules mais j’aurai quand même eu la chance et l’honneur de discuter quelques minutes avec de nombreux athlètes et entraîneurs des quatre coins de l’Asie. Ce sera probablement la première et la dernière fois que j’aurai eu l’occasion de discuter avec des Iraniens ou des Kazakhstanais.
Il aurait cependant été trop dommage de ne pas aller voir les épreuves l’athlétisme, je me suis donc procuré deux places pour la dernière journée des épreuves, durant lesquelles se tenaient les finales du lancer du marteau et du saut en hauteur féminin, du saut à la perche masculin ainsi que diverses épreuves de relais 4x100m et 4X400m ainsi que le 5,000m masculin. Le temps est particulièrement maussade cet automne et bien entendu nous n’aurons pas été épargnés. Si nous sommes néanmoins au sec contrairement aux athlètes, je n’ai pas osé apporter mon appareil photo. Si j’étais déjà totalement satisfait du simple fait de pouvoir entrer au somptueux Paloma Mizuho Stadium (パロマ瑞穂スタジアム) intégralement reconstruit pour l’occasion, plutôt bien placés dans le virage, l’enchaînement des épreuves font que nous ne nous serons pas ennuyés une minute malgré les presque cinq heures d’épreuves. Les impressionnantes épreuves de saut à la perche se déroulent juste devant nous et nous assisterons sous nos yeux à l’établissement du nouveau record de l’épreuve par l’athlète des philippines JM Obiena à 5.91m. Léo pratiquant lui même le 400m et 800m dans son club, il aura été comme moi époustouflé par la vitesse des coureurs du 5,000m qui terminent celui-ci en moins de 14′, soit moins de 3′ au kilomètre. Mon meilleur temps sur 1km étant de 3’59 », le niveau dépasse l’entendement. La soirée finira en beauté avec la victoire du Japon sur le 4X400m hommes avec un phénoménal dernier tour de piste de Yuki Joseph Nakajima qui résistera jusqu’à la ligne d’arrivée à l’assaut des concurrents du Qatar et de l’inde. La foule est en délire, j’ai gesticulé comme un fou et hurlé à en perdre la voix. Pas suffisamment, cependant, pour que fgautron me remarque à la télé.
Les photos ci-dessus ont été prises le long du canal Hori (堀川, Hori-kawa) lors de ma balade qui commence dans le billet précédent. Je me suis récemment procuré un livre intitulé machikado zukan(2) (街角図鑑), dont l’auteur est un certain Tatsuo Mitsuchi (三土 たつお). Il s’agit, comme son nom l’indique, tout simplement d’une encyclopédie illustrée (zukan) des objets que l’on trouve aux coins des rues (machikado). Le point de départ du livre est très simple : la ville est remplie d’objets que nous voyons sans vraiment les regarder. Cônes de chantier, bouches d’égout, marquages au sol ou encore échafaudages, passages à niveau et autres parkings divers et variés. L’auteur explique que tous ces éléments semblent banals mais ils ont une fonction, une histoire, une logique de fabrication et une relation avec l’espace dans lequel ils sont installés. Le livre les rassemble et les classe comme le ferait un véritable naturaliste. Comme cela coïncide avec ma manière de voir les choses quand je me balade dans la rue je ne suis pas vraiment étonné d’y retrouver mes sujets de prédilection mais aussi d’autres thèmes qui parfois titillent ma curiosité, comme par exemple les château d’eau dont je parlais dans un précédent billet ou encore les jeux pour enfants dans les parcs, les ponts, rizières, barrages, chemins en pentes ou les pylônes électriques.
Dans le livre, chaque sujet fait l’objet d’un chapitre rédigé la plupart par un expert en la matière. Par exemple, la passion de Kōsuke Saitō (斎藤公輔), ce sont les unités extérieures de climatiseur (aircon en japonais, qui est le diminutif pour ‘air conditioner‘ en anglais), ces vilaines boîtes blanchâtres de tailles diverses que l’on trouve accolées aux façades des immeubles ou à l’extérieur des maisons, mais aussi les tuyauteries qui s’entre-coupent et zigzaguent le long des parois. Son site aircon1000.com recense pour l’instant 610 ‘espèces’ aux noms variés qui font parfois sourire. Cela dit, je ne me moque absolument pas de lui, comme les lecteurs pourront le constater, le sujet ne me laisse pas indifférent non plus.
Au fur et à mesure que je marche je retrouve mes repères, mes schémas visuels me reviennent peu à peu. C’est comme si je retrouvais la vue. Parapluies et ombrelles d’un noir discret ou d’un rose fuchsia tape-à-l’œil et autres sacs à main assortis à la couleur des cheveux (ou l’inverse) semblent m’en dire long sur la personnalité de ces quelques piétons. Pots de fleurs alignés en rang d’oignons devant un magasin et panneaux de signalisation étrangement inclinés. Une façade dont sort un câble électrique qui ne semble demander qu’à être coupé (d’où le message d’avertissement…) Un étrange panneau ésotérique représentant un oeil au centre d’un torii que l’on interprétera comme veut, un petit autel au coin d’une rue et des plantes faisant de l’escalade le long d’un mur. Comme d’habitude, rien d’exceptionnel, je me fais juste plaisir. Un peu comme Paul Joubert et ses ‘balades de mon imagination‘. Le futile est remarquable aussi.
Je m’offre deux heures dans l’après-midi pour me balader et prendre les premières photos de la rentrée après une pause de près de trois mois. Dans le train en direction de la gare je n’ai aucune idée précise de ce que je vais ou veux photographier. Cette sortie s’est décidée sur un coup de tête après m’être fait la réflexion qu’il suffirait d’avoir un minimum de contenu pour que le flot des idées me viennent naturellement et que je sois capable de rédiger à nouveau. Je pensais dans un premier temps reprendre le fil de l’une de mes nombreuses sous-quête qui consistait à parcourir dans ses moindres recoins toutes les rues du quartier d’Atsuta mais le ciel est menaçant et il semble devoir pleuvoir à tout instant. Je choisis donc comme terrain de chasse les environs de la gare de Nagoya, ce qui me permettra de rapidement trouver refuge dans l’une des nombreuses galeries marchandes souterraines au cas-où.
Les débuts sont timides, je ne vois rien. Je décide d’écouter de la musique pour me donner du courage, ou plutôt pour me mettre dans ma bulle, et entreprends ainsi l’écoute de l’album ‘After‘, de Yaz Lancaster, sorti l’année dernière. J’ai découvert Yaz grâce à une émission qu’elle anime sur NTS Radio. Il s’agit d’une artiste expérimentale basée à New York, dont le travail est beaucoup plus large que celui d’une musicienne au sens classique puisqu’elle se présente comme musicienne, compositrice, poète, écrivaine et DJ, et travaille aussi dans l’organisation de concerts et de projets artistiques. En écoutant sur NTS sa sélection très hétéroclite mêlant dans le même mix des titres d’Alva Noto & Ryuichi Sakamoto et de l’ambiant à consonance jazz, le rage rap (vocaux hurlés et voix saturée sur des productions lourdes issues de la drill … j’en saigne encore des oreilles) de Lord Len et de la Hard Techno, je me suis dit que quelqu’un d’aussi ouvert musicalement parlant ne pouvait qu’être digne d’intérêt.
Les premiers titres de l’album sont très beaux avec leur ambiance qui me replongent dans l’univers d’Aco sur l’album Irony (2003), co-produit avec le groupe icelandais d’électronica/post-rock múm (que sont-ils devenus d’ailleurs ?), album que je mentionne régulièrement dans ses pages. On a l’impression de marcher et de s’enfoncer dans une brume épaisse dans un lieu inconnu, puis d’être comme guidé par la voix de Yaz qui nous appelle, nous guide au loin, comme pour nous dire ‘Il n’y a aucune inquiétude à avoir’. Combination de musique électronique expérimentale et de violon minimaliste, c’est comme si la musique se mettait à scintiller. A partir du cinquième morceau intitulé ‘Signs‘ l’horizon semble s’éclaircir un peu puis le temps de quelques titre, puis on replonge à nouveau de plus belle dans des arrangements plus sombres faits de sons saturés et distordus qui me font penser à de la drone music mêlée à de l’ambiant. Notamment le titre de près de 8 minutes qu’est ‘last weekend, with u‘ est particulièrement captivant et mystérieux avec sa fin de morceau de style piano bar feutré qui nous donne l’impression de fuir le brouhaha de la ville pour nous réfugier dans ce lieu paisible. Tout au long de l’album l’auditeur est ainsi sans cesse tiraillé entre le confort et l’inconfort, on passe d’une scène à une autre, d’un lieu à un autre de manière très fluide. Après un dernier répit sur le beau morceau qu’est ‘POST NO BILLS‘, le dernier titre ‘closure‘ finit l’album en apothéose dans un chaos de vibrations et sur ces quelques paroles répétées d’une voix grave et modifiée, qui me font penser à une incantation : ‘you’re still a good person / your life isn’t over / nothing feels worse than / giving up on closure’. Avec ce titre, on a enfin l’impression de sortir pour de bon de l’album, comme si l’on avait enfin exorcisé ses peurs et ses craintes, que l’on était enfin arrivé à un point où l’on peut enfin laisser son passé derrière soi. J’ai été très étonné de la palette de couleurs musicales que pouvait offrir un violon et la très habile manière dont Yaz Lancaster y mêle influences électroniques mais aussi r&b ou hip hop. Belle expérience pour une rentrée !
La deuxième moitié de ces vacances d’été aura été à peine plus productive que la première moitié. Mis à part quelques repas de midi en famille nous ne serons pas parvenus à concilier nos quatre emplois du temps pour partir en voyage quelque part, et c’est probablement là ce que je regrette le plus. C’est un été de ‘gâché’ en quelque sorte, puisque les enfants grandissent et qu’ils préféreront d’ici quelques années partir en vacances avec leurs copains plutôt qu’avec nous. C’est comme ça, il faut s’y faire.
Je n’ai pas pris la moindre photo depuis deux mois, bloqué à la maison en raison des constantes sautes humeur du ‘petit’ (qui m’arrive maintenant presque aux épaules) et de cette canicule sans trêve et son humidité qui me sapent toute mon énergie. J’aurai pu profiter de tout ce temps pour rédiger de nombreux billets en fouillant dans mes archives de photos, mais tout comme dit-on l’appétit vient en mangeant, l’inspiration semble également me venir en me promenant, que ma sortie soit directement liée avec le contenu de l’article ou non.
J’ai par contre pris énormément de plaisir à relire Le Comte de Monte-Cristo, d’Alexandre Dumas, en français. Cette oeuvre mythique a pour moi à un statut d’ouvrage estival par excellence puisqu’on nous avait fait lire les trois épais tomes pendant les vacances d’été quand j’étais au collège. Je me souviens avoir fait l’effort de les lire au lieu de faire le filou en regardant quelque film tiré du roman et en avoir beaucoup apprécié la lecture. Je l’ai cet été lu pour la troisième fois – dans une précieuse édition de la Pléiade publiée en 1981 appartenant à ma mère. Si quelques passages sont un peu pénibles et que le nombre important de personnages font que l’on s’y perd parfois un peu, la manière, presque sadique, dont Edmond Dantès exécute et savoure sa vengeance dans le dernier quart de l’ouvrage, est un régal.
J’ai également lu 777 de l’auteur à succès Kōtarō Isaka (伊坂幸太郎), dont l’intrigue se déroule intégralement en huis clos dans un hôtel de très grand luxe à Tokyo. Le personnage principal, Nanao, (qui s’identifie sous le nom de code Tentomushi, coccinelle), un tueur à gage, doit juste livrer un cadeau d’anniversaire dans la suite d’un hôtel de luxe et repartir mais rapidement la situation dégénère et il se retrouve piégé à l’intérieur, incapable d’en sortir. Il s’avère que l’hôtel est en réalité devenu le terrain de chasse de plusieurs tueurs à gages et criminels, tous réunis autour d’une cible commune : Yuka Kamino, une jeune femme dotée d’une ‘mémoire absolue’ que tout le monde cherche à l’éliminer ou à capturer. Nanao se retrouve malgré lui à devoir la protéger tout en essayant de sauver sa propre peau. Cela faisait un bout de temps que je n’avais pas lu de roman d’Isaka, auteur très prolifique mais inconstant. Autant je garde un très bon souvenir de 死神の精度(しにがみのせいど, 2005, La Mort avec précision en français), que 逆ソクラテス (Gyaku Socrates, 2020) m’avait laissé complètement indifférent au point que je ne me souviens même plus de la trame du livre. 777 est construit en chapitres brefs tournant la plupart du temps indépendamment autour des divers protagonistes. Très rythmé et facile à lire. Ce qui est amusant, c’est qu’alors que je me faisais la réflexion que j’avais l’impression de lire le storyboard d’un film, j’ai appris par la suite que le livre était en fait le 4 épisode d’une saga intitulée 殺し屋シリーズ (Hitman Series, en anglais), dont le deuxième épisode マリアビートル (Maria Beetle, 2013) a été adapté au cinema sous le titre Bullet Train (2022) avec Brad Pitt, qui se déroule intégralement à bord d’un train Shinkansen reliant Tōkyō à Morioka. Je n’avais absolument pas fait le rapprochement entre le duo de tueurs excentriques Mikan (Mandarine) et Lemon (Citron) dans le film et le duo Makura (oreiller) et Mōfu (couverture), deux femmes spécialisées dans le « nettoyage » et la disparition de personnes au sein des hôtels, qui apparaissent dans le livre. Je me souviens avoir regardé le film dans l’avion à destination de Paris il y a quelques années. Si celui-ci avait été très divertissant de par son côté déjanté et parfois brutal avec ses petit pointes d’humour noir, j’ai trouvé que le livre manquait quelque peu d’originalité dans son dénouement.
Pour finir, j’ai également lu le premier tome de 山怪 (Sankai, Les Esprits de la montagne), une célèbre série de recueils de témoignages fantastiques japonais, écrits par le photographe Yasuhiro Tanaka (田中康弘). Il ne s’agit pas d’un roman de fiction classique, mais une sorte d’anthologie de récits réels recueillis pendant que son auteur aura parcouru le Japon pour interviewer des personnes qui vivent et travaillent dans les montagnes : des chasseurs traditionnels (les Matagi d’Akita), des gardes forestiers ou des habitants de villages isolés. Les histoires courtes ne font que quelques pages chacune et décrivent des phénomènes mystérieux sans chercher à les expliquer rationnellement : Feux follets (Kitsunebi) et autres illusions causées par les renards ou les tanukis, disparitions soudaines, bruits de pas inexpliqués autour des tentes, spectres forestiers, cris d’animaux inconnus et visions d’esprits de défunts … De quoi faire passer l’envie d’aller se balader en montagne (comme si les ours ne suffisaient pas…)
Les photos de cette série ont été prises vers la fin du mois de mai de cette année aux abords du port de Nagoya et de son aquarium. Encore motivé à l’époque, je me rappelle avoir été comme frappé par la foudre au moment d’en prendre la première photo. Cette chaise renversée alors que toutes les autres étaient parfaitement alignées m’avait fait penser à celle d’un enfant faisant une crise de colère lors de quelque cérémonie solennelle. Même avec le recul j’en suis aujourd’hui encore assez fier, mais je me demande si sans information supplémentaire le lecteur en saisirait le sens. Le troisième cliché montre le pont en arc rouge de Nagakawa (中川橋) construit en 1930 et rénové dernièrement en 2019. Enjambant la rivière du même nom, cet ouvrage présente la particularité de ne posséder une arche que d’un seul côté de la chaussée. Plus loin, si d’après Google Maps la Papeterie Tatematsu est bel et bien ouverte, il faudrait pour un non-habitué une sacré dose de courage pour oser y pénétrer. Tout comme lors de ces petits restaurants dont je parlais déjà il y a de cela cinq ans, mon imagination m’en empêche. J’attends cinq minutes. Ni mouvement ni bruit provenant de l’intérieur, et bien sûr aucun client. Je me contente de prendre une photo de sa devanture vert pomme, craignant presque que quelque visage caché n’apparaisse sur mon ordinateur au moment de consulter ma bibliothèque sur l’ordinateur.
Quelque part autour de la fin de l’année 2000, je me souviens avoir vu pour la première fois le film d’animation Ghost in the Shell, de Mamoru Oshii, adaptation cinématographique du manga du même nom de Masamune Shirow, lors d’une séance spéciale dans un petit cinéma près de la faculté de Metz, où j’étais alors étudiant. Je n’avais trop rien compris à la trame du film, trop distrait par son ambiance, le réalisme de l’animation et sa bande son d’une traumatisante beauté. Afin de replonger dans cet son univers, j’ai vite fait de m’emparer des deux tomes du manga à la FNAC locale, et me souviens m’être quelque mois plus tard, lors d’un séjour à Paris, rendu exprès à l’immense Virgin Megastore des Champs Elysées à Paris pour m’emparer d’un coffret VHS (un import US ?) hors-de-prix, alors indisponible en province. J’avais entre-temps également fait la connaissance d’un passionné de Masamune Shirow sur le chat de la communauté Multimania, ou je passais alors énormément de temps. Il m’avait fait découvrir ses autres créations, notamment Appleseed et surtout l’étonnant science-fantasy manga qu’est Orion, qui reste encore à ce jour pour moi sa réalisation préférée, pour son caractère déjanté et décalé contrastant avec tout le reste de ses oeuvres. Par la suite je me souviens, alors au Japon, avoir suivi la première saison de la série télévisée Stand Alone Complex avec mon co-locataire allemand et surtout, avoir écouté en boucle sa première O.S.T. (‘Where does the ocean go‘, sublime). Une fois à Paris je me rappelle avoir vu vers la fin de l’année 2004 l’affiche du film Ghost in the Shell 2: Innocence et m’être dit qu’il me fallait aller le voir, mais j’étais alors beaucoup trop occupé pour cela. Il faudra ensuite attendre 2013 pour qu’une nouvelle fois ce soit la musique de la série qui m’y ramène, avec l’OST de Ghost in the Shell : Arise arrangée par l’artiste Cornelius, notamment son sublime générique de fin 外は戦場だよ(Soto wa Senjo da yo) interprété par Ichiko Aoba, chanson que j’aime encore aujourd’hui écouter de temps à autre. Ainsi, les années passent (trente déjà !) et je n’ai ni jamais complètement mis de côté, mais jamais non plus investi le temps nécessaire permettant d’appréhender dans son intégralité l’univers de GITS.
L’exposition ‘Exhibition of The World of Shirow Masamune – ‘The Ghost in the Shell’ and The Path of Creation‘ qui se tenait au Matsuzakaya Hall de Sakae, Nagoya, du 2 au 16 août, me fait donc l’effet d’une piqûre de rappel. Elle me fait me remémorer les souvenirs ci-dessus et encore bien d’autres. L’exposition est construite par blocs autour de chacune des oeuvres de Shirow dans leur ordre de publication. J’y découvre notamment pour la première fois sa série Dominion, publiée au Japon en 1986, qui m’était complètement inconnue. Je regrette un peu que la partie consacrée au manga Orion ne soit pas un peu plus importante, mais suis tout de même ravi de pouvoir y admirer les planches originales des dix premières pages du manga. A côté de l’installation une pancarte rédigée par Shirow explique qu’Orion est une œuvre dont la production a progressé en parallèle avec ‘Ghost in the Shell‘. Une suite à Orion était prévue, mais pour ‘diverses raisons personnelles et éditoriales’, elles n’ont jamais pris la forme d’une œuvre finale. Pour l’auteur la particularité de ce manga réside dans son aspect visuel très incertain (que l’on pourrait juger ‘bâclé’), les lignes des cases n’étant même pas tracées à la règle. Shirow dit avoir l’impression d’avoir dessiné Orion en riant constamment tout seul et n’a absolument aucun souvenir d’avoir accompli une tâche pénible ou douloureuse. ‘Il s’est lâché‘, comme on dit.
Au centre de l’exposition, un espace conséquent est bien sûr consacré à l’oeuvre principale qu’est GITS. Une bonne centaine de planches de dessins et croquis tirés du manga forment une sorte de rideau. Comme on ne se marche pas dessus dans l’exposition il est agréable de les parcourir unes à unes en prenant son temps pour admirer le trait de l’artiste, mais je me rends vite compte que je n’ai aucune idée de quelle partie de l’histoire elles sont tirées. Je regrette un peu de ne pas avoir fait quelques révisions au préalable en relisant au moins les deux premiers tomes originaux, ce qui m’aurait permis de les apprécier davantage. Suit une galerie mettant en évidence différents artworks autour de la série et notamment autour du personnage principal, Mokoto Kusanagi, la cyborg qui dirige les opérations tactiques de l’unité d’élite anti-criminelle et anti-terroriste Section 9.
L’exposition se termine sur une étonnante galerie exposant une douzaine de collaborations entre Shirow et d’autres artistes. Si celle de Katsuhiro Otomo dessinant Kusanagi de dos se dirigeant vers le char de combat Tachikoma rouge fait bien sur immédiatement penser à la moto rouge de l’affiche du film Akira, j’ai l’agréable surprise d’y voir figurer un dessin de Tsutomu Nihei représentant Kusanagi debout perchée au sommet d’un gratte-ciel, le mode camouflage thermo-optique la rendant transparente. Orion aura également inspiré deux artistes dont je ne connais aucune oeuvre, mais dont le style graphique me semble très prometteur, à savoir Katsuya Terada (à gauche) et Hiroyuki Kitakubo (à droite). L’exposition en elle-mémé aura été un agréable moment, elle aura ranimé en moi l’envie de relire et de regarder dans l’ordre chronologique l’intégralité des oeuvres de Shirow, mais également de jeter un oeil aux dernières sorties de Tsutomu Nihei, que j’avais un peu délaissé depuis la fin de Blame!, notamment le très alléchant manga intitulé Tower Dungeon, dont le 7ème tome sera publié le mois prochain. Je viens également de me rendre compte que Blame! a son anime sur Netflix. Ce ne sont certainement pas toutes ces découvertes qui vont accélérer mon rythme de publication sur le blog …
Presque des vacances. Les jours passent sans que je ne me soucie outre mesure du fait de ne pas avoir publié depuis un petit moment. Ne pas avoir à penser au prochain article, ne plus se sentir obligé de sortir pour aller prendre des photos, se déconnecter, se laisser aller, ne rien faire ou presque … Cette sensation est des plus agréable mais a également quelque chose d’angoissant car on s’y habitue très rapidement. ‘Alors pourquoi continuer ?’ Je me suis ainsi surpris à penser à tout arrêter. Ni ras-le-bol ni coup de tête n’est à l’origine du doute, je me suis tous simplement retrouvé à me demander pourquoi tant d’efforts tout au long de l’année alors qu’en fin de compte il est si facile de ‘faire sans’.
Nous avons des températures avoisinant les 39 degrés depuis une grosse semaine. La canicule me rend amorphe, je n’ai plus envie de rien, ne parviens pas à apprécier la musique que j’écoute ou à me concentrer pour écrire. Le mois de juillet se sera écoulé dans l’oisiveté totale en regardant la Coupe du monde de football d’une part, et de l’autre en faisant les mille pas, au frais, dans les shopping malls alentours, puisque le jeu Pokemon Go fête les 10 ans depuis sa sortie et que pour l’occasion ont eu lieu de nombreux événements dits incontournables.
Et puis heureusement il y a la lecture pour s’évader sans bouger ni transpirer. J’ai entre autres lu ‘Oretachi no Hakone Ekiden‘ (俺たちの箱根駅伝), livre publié par l’écrivain Jun Ikeido (池井戸潤). Du même auteur j’avais lu il y a quelques temps l’excellent ‘Rikuo‘ (陸王), qui prenait déjà place dans le milieu de la course à pieds de haut niveau. Cette fois-ci le roman plonge le lecteur dans l’univers du Hakone Ekiden, la prestigieuse course de relais disputée chaque début d’année entre Tokyo et Hakone. Véritable institution au Japon, cette compétition universitaire rassemble des millions de téléspectateurs et occupe une place unique dans le paysage sportif japonais. À travers plusieurs personnages aux parcours différents, Jun Ikeido décrit les sacrifices exigés par le sport de haut niveau, l’importance du travail collectif et les liens de confiance qui se créent entre des individus poursuivant un objectif commun. Le récit alterne entre la préparation de la course, les défis techniques liés à son organisation et les émotions qui accompagnent chacun des relais. Comme souvent dans les romans de l’auteur, l’accent est mis sur la persévérance, la solidarité et le dépassement de soi. Ce dernier point me semble être à la fois la force et le principal défaut des romans d’Ikeido : Les efforts sont toujours récompensés et tout est bien qui finit bien. Si je pense que c’est l’une des raisons pour laquelle une grande partie de ses romans sont adaptés en dramas ou en films, cela enlève un peu la saveur d’imaginer la suite de l’histoire et l’on reste un peu sur sa faim.
Il n’empêche que c’est sans doute en partie grâce à ce roman que je suis parvenu à trouver la motivation nécessaire pour aller courir malgré les conditions climatiques difficiles. Je me suis récemment inscrit au semi-marathon de Tokai en décembre et au marathon de Nishio en janvier, que j’ai déjà couru en début d’année. Ce sera mon sixième marathon et la première fois que je parcourrai un tracé qui me sera connu. Je n’aime pas particulièrement courir alors qu’il fait plus de 30 degrés même à dix heures du soir mais mon entrainement l’année dernière, lors duquel je m’étais forcé à faire des sorties longues malgré la chaleur en prenant soin de courir lentement m’ont permis d’apprécier l’extase ressentie lorsque plus tard dans l’année il fait enfin plus frais et que l’on peut accélérer le rythme sans risquer de s’évanouir.
Le premier week-end suivant le début des vacances scolaires nous nous sommes rendus en famille à Wakasa, dans la préfecture de Fukui, comme nous le faisons presque chaque année depuis plus de dix ans. Deux agréables journées en bord de mer pendant lesquelles je n’ai pas pris la moindre photo à part le traditionnel portrait des enfants prenant la pose devant le onsen Kirara no Yu, où nous avons pour habitude de faire une halte avant de reprendre la route du retour. Il a toujours presque été impossible d’avoir une photo correcte puisqu’il faut toujours qu’il y en ait un des deux qui fasse exprès la grimace ou qui soit fatigué, de mauvaise humeur ou ébloui par le soleil, et cette année ne dérogera pas à la règle. Je me dis qu’il pourrait être amusant de faire un album avec ce genre de photos ‘ratées’ – et j’en ai un paquet.
Les photos de cette série n’ont de rapport avec le contenu du billet que le fait qu’elles aient été prises au début du mois de juillet … de l’année dernière. Je ne me souviens pas de la température qu’il faisait ce jour-là mais il était possible de marcher autour de la gare de Nagoya sans risquer de s’évanouir au bout de dix minutes.
Balade dans la ville de Seto, au nord est de Nagoya. Seto est dit être le lieu de naissance de la céramique au Japon. Sa renommée est telle que le terme Seto-mono (objet de la ville de Seto) est devenu synonyme de ‘céramique’ dans tout le Japon. Nous sommes dans la première moitié du mois de juillet. Si au Japon nous n’avons pas à subir la vague de chaleur dont j’entends parler en Europe, le soleil, alors qu’il n’est même pas midi, tape extrêmement fort et me fait passer toute envie de contempler quelques uns des nombreux magasins de céramique. Les rues sont d’ailleurs désertes, il faudra songer à revenir en septembre lorsqu’aura lieu la fête locale pour trouver un peu plus d’engouement et d’animation.
De la gare d’Owari-Seto (尾張瀬戸駅) je remonte le long de la rivière Seto et suis rapidement en nage. Je trouve enfin un peu d’ombre sous les arches de la rue commerçante Seto Suehiro-Machi(せと末広町商店街). Si j’ai ces derniers temps une attraction pour les galeries marchandes, le fait de pouvoir marcher tout en restant à l’ombre est sans doute l’une des raisons qui m’y attirent. Malheureusement on ne peut pas dire qu’il y ait foule, et comme c’est le cas dans la plupart des rues commerçantes de la région de nombreux locaux sont abandonnés, les volets de fer fermés. S’il faut bien avouer que les gigantesques centres commerciaux sont bien pratiques, tout étant à portée de main dans un même lieux, je trouve toujours cela dommage que ce Japon ‘à l’ancienne’ semble devoir disparaître peu à peu. Je ne peux qu’encourager ceux qui tentent de maintenir en vie ce genre d’endroits en créant des sites web ou des communautés sur internet. Il m’arrive de penser qu’il me serait possible d’apporter ma pierre à l’édifice en centrant mes billets sur ce genre de sujets ou en organisant des visites guidées ou des ‘photos safari’ tentant de prôner le tourisme durable. Une reconversion professionnelle en somme.
Sur les pans du mur d’une salle de pachinko désaffectée une grande fresque murale de plus de 2 mètres de haut sur 4 mètres de large attire mon attention. Le personnage féminin aux longs cheveux noirs avec son troisième oeil qui y est représenté plusieurs fois m’est familier, je me souviens très bien l’avoir pris en photo dans la rue commerçante Endōji à Nagoya tout récemment. Je pensais alors qu’il s’agissait d’un personnage quelconque, un cas isolé pour ainsi dire, aussi je suis assez surpris de le voir apparaitre dans un lieu différent et si éloigné. En faisant quelques recherches j’apprends qu’il s’agit d’un personnage crée par Tomoyuki Washio (鷲尾友公), artiste contemporain et graphiste japonais né en 1977 dans la préfecture d’Aichi, où il vit et travaille toujours. Son univers mêle culture populaire, musique, street culture et imaginaire personnel. Ses œuvres représentent souvent des personnages aux grands yeux, des figures féminines monumentales ou encore son personnage emblématique TEKUN (手君), une main dotée d’un visage, devenue sa signature artistique. Bien que son nom reste relativement discret à l’international, Tomoyuki Washio semble être une figure incontournable de la scène culturelle de Nagoya et d’Aichi. Son travail dépasse largement le cadre des musées, on retrouve ses illustrations sur des affiches de concerts, dans des cafés, des boutiques, des salons de coiffure, ainsi que sur les murs de la ville. Il faudra à l’avenir chercher quelques informations supplémentaires sur ses oeuvres et m’amuser à retrouver celles-ci un peu partout dans Nagoya lors de mes promenades. L’oeuvre de la photo a été installée l’année dernière pendant l’Aichi Triennale (あいちトリエンナーレ), l’un des plus grands festivals internationaux d’art contemporain du Japon organisé tous les trois ans depuis 2010. Je me souviens avoir beaucoup apprécié l’affiche de cette édition 2025 que l’on devait au mangakaDaisuke Igarashi (五十嵐大介), mais cela n’avait pas malheureusement pas suffit à me persuader de faire le déplacement, ce que je regrette aujourd’hui. Dire que je me plains qu’il ne se passe jamais rien dans le coin, et quand un évènement a lieu, je n’y participe pas. C’est mal parti pour ‘sauver cette ville’ !
Balade en partant de la gare de Kami Otai située au nord de Nagoya. Alors que je marche le long d’un parc j’aperçois au loin entre le feuillage des arbres le vénérable Mont Fuji. Il ne s’agit évidemment pas de la véritable montagne sacrée mais d’un de ces toboggans empruntant sa forme dont je parlais déjà dans un autre billet. Je m’en approche, comme attiré par celui-ci, et j’en fais le tour en souriant bêtement puisque cela revient à dire que je viens de parcourir l’UTMF (Ultra Trail du Mont Fuji, parcours qui consiste à effectuer 100 miles autour du Mont Fuji en un temps limite de 45 heures) en quelques secondes. Déjà sans doute trop épuisé par cet accomplissement hors du commun et ivre de joie, il ne me vient pas à l’idée ensuite de grimper au sommet et d’effectuer ainsi l’équivalant de La Course du Mont Fuji(富士登山競走, Fuji tozan kyōsō), la célèbre course reliant la ville de Fujiyoshida au sommet du Mont Fuji sur un parcours 21km et 3,000m de dénivelé positif. Je me demande si les enfants, quand ils jouent, grimpant par une face et glissant le long de l’autre, font véritablement le rapprochement. Sans doute pas, tant occupés qu’ils sont à rire et pleurer. Non pas que cela ait la moindre importance. Au lieu de simplement répertorier une nouvelle fois les 120 et quelques toboggans Fuji-san comme l’a fait Yoshiyuki Ushida dans son ouvrage, je me dis que tant qu’à faire il serait amusant de me prendre en photo au sommet de chacun d’eux, et, encore plus drôle, d’immortaliser la scène en parfait accoutrement d’alpiniste. Un peu de pluie ou de neige serait même la bienvenue, ajoutant un peu de réalisme !
Je poursuis ma route et tombe cinq minutes plus tard sur un monticule identique situé dans un petit square au milieu d’un quartier résidentiel (quatrième photo). Toutes cela me rappelle que je pensais tenter l’ascension du Mont Fuji, le vrai culminant à 3,776m, cet été, mais que le calendrier professionnel et familial est malheureusement trop chargé pour que cela soit possible dans de bonnes conditions. En parcourant mes archives je me rends également compte que le récit de ma première ascension en juillet 2024 s’arrête à mi-chemin. Un nombre relativement important de recherches de lecteurs aboutissant sur ce billet, à défaut de gravir le Mont Fuji in situ je tâcherai cet été de le faire une nouvelle fois dans mes souvenirs et tenterai de terminer le billet afin de ne pas mener mes visiteurs dans un cul-de-sac/ravin.
’Oyo ?’ est un tic de langage du personnage principal du célèbre manga de Nobuhiro Watsuki, Kenshin le vagabond (るろうに剣心, Rurōni Kenshin), l’un des premiers manga que j’ai lu avec beaucoup d’attention dans la collection Glénat. Son édition en version française débute en 1999, ce qui ne nous rajeunit pas, même si j’étais plus ou moins persuadé que je le lisais déjà alors que j’étais au lycée. L’exclamation idiomatique ‘oyo ?’ n’est plus utilisée aujourd’hui et on lui préférera ‘oya ?’ ou encore ‘are ?’. Elle exprime la surprise, la confusion ou la curiosité face à une situation inattendue, un oubli, ou une anomalie, bref, le genre de chose qui fait que l’on y regarde à deux fois. Si lors de mes balades au hasard des villes je ne m’exclame pas ‘are ?’ à tout bout de champs, j’aime apercevoir toutes sortes de petits détails autour de moi.
Ainsi, derrière le cafouillis de la devanture de magasin de la première photo de cette série se cache en fait une salle de mah-jong (jeu de société traditionnel d’origine chinoise, souvent comparé au Rami) du nom de Mājan Toyokuni. J’aime le côté très artisanal de cette façade avec ses pancartes bleues ‘TK’ faites à la main et le torii rouge miniature négligemment posé sur quelques gros cailloux à l’entrée. Plus loin, un vélo avec une étrange tête d’ours rose, une voiture entièrement recouverte d’une bâche devant une maison, la symétrie presque parfaite d’une photo brisée par la collision de quelqu’un ou quelque chose avec l’un des deux poteaux de protection bleus, ou encore ce pneu apparemment abandonné dont on ne sait pas s’il a un but ou non. Je m’invente ainsi des histoires au fil de mes promenades. Encore faut-il être réceptif, mais ce n’est pas toujours le cas et je me demande bien ce qui peut faire la différence entre une séance où je me sens inspiré et une autre où j’ai l’impression d’avoir tout simplement perdu mon temps. Le fait d’avoir le ventre plein ou pas, la fatigue accumulée, le temps ou l’influence de la musique que j’écoute en marchant ? Existe-t-il une recette miracle ?
Musicalement parlant j’écoute ces derniers temps principalement des podcasts ou des streamings. Le Nova Club de David Blot et sa bande sur Radio Nova a eu pour invité Juan Atkins, Jeff Mills ou encore Tricky. Je suis toujours fasciné par la culture musicale des membres de cette radio. Sur NTS j’écoute avec les délectation les planants mix techno-minimal de la DJ et musicienne d’origine chinoise basée a Londres Yu Su, ou encore ‘The Cure Takeover‘ avec Robert Smith, le chanteur de The Cure, qui allie avec un étonnant éclectisme dans le même set post-rock et ‘techno de bourrin’. Et la musique japonaise dans tout cela ? Trois titres marquants de cette fin de mois :
大烏 -OoKARAS- feat. ELIM est le premier single tiré du nouvel album de DJ Krush, intitulé TOKYØHUM. Comme j’avais beaucoup apprécié son album précédent, Saisei (2024), dont je parlais ici, je suis bien content de constater que DJ Krush remet les couverts pour dix titres dans un laps de temps somme toute assez réduit. OoKARAS est dans la veine des titres de Saisei ; production léchée, le flow d’ELIM rapide mais fluide. Sa structure en trois parties lui apporte un côté cinématique fort plaisant. La coupure après le premier verset, surtout, qui part vers un son très aérien, donne l’impression de s’envoler dans les airs, ce qui est très fort à propos vu le titre de la chanson, qui signifie littéralement ‘corbeau géant’. ELIM m’est totalement inconnu. Quelques recherches m’apprennent qu’il fait partie du collectif BASICA, une équipe de créateurs centrée autour de l’artiste ATSUKI, et travaille principalement comme rappeur et réalisateur de vidéos. Le compte Bandcamp du collectif BASICA met notamment en avant sa collaboration avec le rappeur Jinmenusagi, que l’on pouvait déjà entendre sur le précédent album de DJ Krush dans l’excellent titre 破魔矢 -Hamaya-. Une nouvelle fois, tout se recoupe et on ne peut que constater que Krush sait très bien s’entourer. A noter que le concept de ce nouvel album est le battement, le pouls de la ville. Cela m’évoque le rythme vital et l’énergie vibrante d’une métropole, quelque chose de vivant, un son brut et agressif. L’artwork, que l’on doit à un certain Taku Obata (小畑多丘, artiste contemporain principalement connu pour ses sculptures en bois, qui s’est fait remarquer par ses œuvres très reconnaissables représentant des figures humaines stylisées en mouvement, souvent inspirées de la culture hip-hop et du breakdance) me plait également beaucoup. Si l’album est à la hauteur de mes attentes et que prix est abordable je pense tenter de m’en procurer un exemplaire en vinyle. J’avais délaissé DÉ DÉ MOUSE depuis quelques temps, ses titres, un peu trop ‘gentillets’ à mon goût, finissant par tous se ressembler. Cela me fait donc plaisir de le voir en quelque sorte prendre une cure de jouvence avec le titre In Yr Dreams, titre porté par un beat UK garage classique sur lequel s’ajoute ce drop percutant très club, le tout donnant un titre à la fois mélancolique et plein d’élan. Pour finir dans des rythmiques plutôt up-tempo, je ne peux que conseiller le titre Spin, de WAZGOGG & bunTes, qui mêle divinement bien rythmique électro et influence hip-hop. Ma première impression est que je ne me souviens pas de par le passé avoir vu quelqu’un manipuler de manière aussi habile à la fois boite à rythme et platines, notamment avec cette deuxième partie scratchée qui colle parfaitement sur le rythme et à l’ambiance du morceau. En faisant quelque recherches j’apprends que WAZGOGG est un DJ dans la trentaine originaire de la préfecture d’Akita. Passionné dès le collège par l’univers du DJing, il remporte en 2017 pour la première fois les sélections régionales de Tōhoku (région nord du Japon) du DMC DJ Championship, la plus prestigieuse compétition de DJ au Japon, ce qui lui ouvre les portes de la finale nationale, exploit qu’il réitère d’ailleurs l’année suivante. Comme quoi mon intuition a propos de sa dextérité était fondée ! Depuis 2019 il a sorti plus d’une dizaine d’EP et d’albums dans un large registre allant du hip-hop, la low-fi et de l’électro. Comme pour Spin’ sur lequel bunTes, rappeur originaire de Tokyo, pose un flow fluide et sans accrocs, WAZGOGG semble collaborer avec de nombreux talentueux artistes. Il me faudra piocher au hasard dans ses nombreux morceaux.